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2014-04-25T11:14:55+02:00
Comme chaque soir de la semaine, il arrivait d’un pas nonchalant, ouvrait la porte de la maison, montait l’escalier, entrait dans sa chambre, lâchait son sac bondé de feuilles inutiles à ses yeux et s’allongeait enfin sur son lit moelleux . Seulement, ce n’était pas pour dormir, non, Clément n’avait pas sommeil, autre chose de bien plus important le préoccupait, il voulait assouvir sa soif de lecture et apprendre enfin la trame de son roman tout juste acquis : Tunnels. A mesure qu’il tournait les pages et avalait les mots, ses yeux s’éclaircissaient, un monde s’ouvrait, un monde à lui, un monde pour lui. Son corps et son esprit étaient transportés dans cet univers créé de toutes pièces par la simple pensée. Sa famille ne le comprenait pas, ses amis, il n’en avait pas. Pour lui, seuls les héros de ses romans comptaient. Il s’imaginait en leur compagnie chevaucher sur de vastes étendues en quête de défis à relever, combattre à l’épée les plus viles créatures venant d’Outre-Terre, libérer, les bras sanglants, une princesse aux cheveux d’or, défendre de toute son âme un royaume si cher à son cœur, être acclamé par son peuple un soir de victoire,guider par sa sagesses des guerriers aguerris. Tous ces personnages, il les avait joués, il les connaissait. Son histoire se résumait ainsi, c’était celle d’une vie de pensées et de rêves dont les sujets se rattachaient aux romans fantastiques.  Bien sûr, au début, ses parents n’étaient pas inquiets, ils étaient même fiers que leur fils ait pris goût à la lecture, ce qui, de nos jours, n’est pas très répandu chez la plupart des adolescents, plus attirés par les sorties et les jeux vidéos. Mais quand le passe-temps était devenu une passion et que la passion s’était transformée en véritable obsession, ses parents commencèrent à s’inquiéter : il n’engageait plus de discussions, s’irritait à la moindre remarque désobligeante sur ses romans et restait fourré dans ses livres pendant des durées interminables. Ses notes chutèrent littéralement, les leçons furent de moins en moins apprises, les devoirs de moins en moins faits, seule la lecture comptait. C’est aux côtés de ses romans qu’il passait ses courtes nuits en pensant à eux que se déroulaient les interminables et monotones journées de cours.  A certains moments, il se voyait devenir un grand écrivain dont la plume et les textes demeureraient célèbres à jamais, comme ses idoles dont il vénérait les œuvres, John Ronald Tolkien, maître du genre et son incommensurable trilogie, Clive Staple Lewis, qui, comme Clément, s’était créé un monde magique, Christopher Paolini, Eoin Colfer et son jeune génie, ou encore Philip Pullman et sa vaillante héroïne. Il rêvait d’atteindre comme eux le panthéon et enfin accéder à la gloire et à la reconnaissance. Son imagination le portait souvent à ce stade là, malheureusement, ce n’était pour lui que des illusions venues lui réchauffer le cœur, car son abondanan des cours lui valait des notes désastreuses, notamment en français : ses écritures d’invention manquaient d’originalité, les fautes d’orthographe y abondaient et les accords de conjugaison n’étaient pas sa tasse de thé. Cela l’acheva complètement, quel triste sort lui avait-on jeté ? Il se demandait comment un passionné de lecture comme lui ne pouvait pas dans les romans prélever ne serait-ce qu’un brin de talent des plus grands. Non, ce destin n’était pas le sien, malgré ses envies et plusieurs tentatives, il restait dans l’ombre. L’esprit de Clément s’exilait, il ne pouvait désormais que lire et espérer, il ne pouvait plus que vivre et rêve