Réponses

2014-03-29T22:48:25+01:00


"La science sans conscience n'est que ruine de l'âme" ; au XVIème siècle déjà, Rabelais déjà prescrivait la pratique de la religion comme distanciation nécessaire aux savoirs de l'époque. La pensée qui s’investit dans la science n’est pas la même que la pensée qui réfléchit à la place de la science dans le monde, au rapport de la science et de la technique et à la situation de l’homme dans ce monde qui connaît un changement perpétuel.

La conscience nous fait réfléchir sur nous-mêmes et nos actions et notre propre subjectivité. Tandis que la scienceelle, se veut objective : elle cherche -et trouve- des explications universellement valables rendant le monde compréhensible. Il serait souhaitable que ces deux modèles se rencontrent. 

Il en va de notre existence concrète, morale, et politique : notre civilisation a fondé d’immenses espoirs sur le progrès scientifique, qui en a profité pour bondir. Mais ce progrès qui nous conduit régulièrement aux frontières de l'éthique, nous ne le réalisons plus qu’au nom de la science que nous avons divinisée, pour prétendre agir en tant que maîtres et possesseurs de la nature. Or l’exemple de l’industrie nucléaire montre que si l’homme est puissant grâce à la science, il est aussi fragile à cause d’elle : il est incapable de maîtriser sa propre maîtrise. Quelle conscience saura diriger ce formidable pouvoir ? La science devait apporter paix et confort. Elle ne l’a pu : ses progressions ne nous ont pas fait faire de progrès moral, et même nous avons régressé pour devenir plus barbares.

Est-ce que la formule de Rabelais nous prévient de ce danger ?

La science est incapable d’avoir une dimension humaine. Elle ne fait pas de politique, de métaphysique, ni de morale : les comités d’éthique, chartes et autres déclarations de bonne foi ne suffisent pas à combler le vide effrayant qui sépare le scientifique scrutant le réel pour encore et toujours le maîtriser davantage, et l’homme conscient qui dans sa vie concrète pense sa vie et vit sa pensée.  La science ne suffit pas; elle n'est pas l’autorité intellectuelle et morale qu'elle prétend être alors qu’elle est incompétente en matière de morale !

C’est à cause du scientisme qu'on se répète la sentence de Rabelais:   si à l’aube de l’humanité, on se raccrochait à tout argument pouvant expliciter le monde, à présent que la science a assez de maturité pour pouvoir donner des explications cohérentes, la religion paraît obsolète : pourquoi la conscience irait-elle encore se réfugier dans la foi ? Parce que la science ne suffit pas. Et les religions traditionnelles ont été décrédibilisées par la science...

D'où,  la "ruine de l’âme". La science ne sait pas parler de l’existence, et les religions sont dépassées : il ne reste plus de place pour la conscience. Alors voilà qu'apparaissent les pseudo-sciences. (astrologie, la numérologie, la parapsychologie, la graphologie,  médecines parallèles, en expansion croissante)  . 

La société régie par la science uniquement est une société déshumanisée, une technocratie qui vise la transparence, triant, rangeant, classant chaque chose à sa place déterminée. La science n’a pas d’âme. La science nous ruine. Avec elle notre conscience est seulement la conscience d’un individu rationnel calculant ses avantages.

L’homme, depuis qu’il est conscience, cherche à maîtriser non seulement le monde, mais lui-même ! C’est pourquoi la science vaut, et règne. Un individu est bien sûr un être vivant  ET aussi une âme, une capacité à penser sa vie : un esprit, un souffle.  Cette "âme" a des aspirations auxquelles aucune connaissance objective ne peut répondre.

Chacun rencontre dans sa vie concrète des phénomènes inexpliqués par la science : l’amour, la poésie, la foi, le rêve.... Que faire de ces savoirs subjectifs, affectifs, que la science ne reconnaît pas puisque seul compte à ses yeux ce qui se mesure, se chiffre, se définit véritablement ?

Doit-on nécessairement choisir, entre d’un côté l’absolue certitude scientifique qui plie toute chose sous des lois nécessaires, et d’un autre côté,  une conscience singulière pour laquelle tout est subjectif ?

La vérité scientifique est indépendante et il ne faut pas lui demander d'avoir une conscience. 

La seule vérité qui nous sauve c’est la conscience d’exister. Savoir pour savoir est inutile quand on ne sait qui décidera de nos fins. Seule la conscience le peut, et elle seule rend la science utile.

Conclusion : la conscience ne doit pas appréhender la science que comme  un outil dont elle peut se servir, et surtout pas comme une maîtresse.