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2012-10-13T22:02:32+02:00

Hécatom – be, du grec hékaton, « cent » et de bous, « bœuf »

Le mot grec, en transcription directe signifie « sacrifice de cent bœufs ».

De tels sacrifices sanglants eurent lieu dans l'antiquité grecque, mais pas très souvent, pas très longtemps. La plupart du temps, c'est seulement une dizaine de chèvres ou de moutons et/ou un seul bœuf que la communauté offrait en sacrifice aux divinités tutélaires.

On comprend un peu : il fallait avoir les moyens ! Quelle société pourrait s'offrir ce luxe de perdre une telle quantité de nourriture ? À moins bien sûr qu'elle ne sache plus très bien comment écouler ses excédents. Et puis, quand même, les dieux ne sont pas si voraces ! Certes, il y en eut bien qui dévoraient leurs enfants. Zeus merci ! Ces temps sont bien révolus. Mais au fait, de quels dieux parlons-nous ? Il y eut ceux, très antiques, dont Zeus, le petit dernier de la lignée, grand consommateur de belles vaches aux grandes cornes, nous est bien connu. Dans d'autres contrées, on se souvient de Yavhé, autre grand amateur de chair fraîche

Mais depuis Jésus, dans la société judéo-chrétienne, les goûts divins se font plus frugaux : du pain, une goutte de vin, quelques fragrances d'encens. Dieu est au régime. Peut-être depuis qu'il est tout seul ! Finis, les grands festins, les somptuaires bamboulas du tonnerre de ... Pardon, je m'égare !

Certes, aujourd'hui encore, à l'Occident de l'Orient, on sacrifie toujours au cousin Allah (toute révérence gardée) l'animal à poils laineux, lors de réjouissances communautaires où Dieu et hommes se retrouvent en convives.

Et pendant ce temps là, chez nous, dans l'Occident au nord de l'Orient, à quel dieu sacrifions-nous ? Au chœur de l'Église, l'hostie fait toujours recette, dans l'allégresse. Mais ça ne nourrit pas vraiment ! Non, lors des agapes festives, des grandes bouffes, et autres orgies stomacales, avez-vous vu souvent réciter le Benedicite ? Ces rites là tombent en désuétude. Dans la société de consommation, depuis cinquante ans, les hommes se goinfrent en douce, hors de portée du regard divin. Ils inaugurent d'autres rituels pour d'autres dieux. Mais lesquels ? La fée électricité ? La fée publicité ? Non, ce ne sont que nymphettes sans envergure. Nous jurons nos grands dieux, mais où sont-ils ? Qui sont-ils ? Ceux dont le regard tue, ceux que nous ne pouvons, nous les hommes, regarder en face sans grand dommage ?

 

Ça me rappelle une histoire, très ancienne, rapportées par notre vieil Hésiode dans sa Théogonie. Et il l'aimait tellement cette histoire qu'il la reprend dans les Travaux et les jours.

« C'était au temps, nous dit-il, où se réglait la querelle des dieux et des hommes mortels, à Mécôné. En ce jour-là, Prométhée avait, d'un cœur empressé, partagé un bœuf énorme, qu'il avait ensuite placé devant tous. Il cherchait à tromper la pensée de Zeus : pour l'un des deux partis, il avait mis sous la peau chairs et entrailles lourdes de graisse, puis recouvert le tout du ventre du bœuf ; pour l'autre, il avait, par une ruse perfide, disposé en tas les os nus de la bête, puis recouvert le tout de graisse blanche. Sur quoi le père des dieux et des hommes lui dit : “O fils de Japet, noble sire entre tous, tu as bel ami, été bien impartial en faisant les lots ”.

Ainsi railleur parlait Zeus aux conseils éternels. Et Prométhée aux pensers fourbes lui répondit avec un léger sourire, soucieux de sa ruse perfide : « Zeus très grand, le plus glorieux des dieux toujours vivants, choisis donc de ces parts celle que ton cœur t'indique dans ta poitrine «.

Il dit, le cœur plein de fourbe, et Zeus aux conseils éternels comprit la ruse et sut la reconnaître. Mais déjà en son cœur il méditait la ruine des mortels. De ses deux mains, il souleva la graisse blanche, et la colère emplit son âme, tandis que la bile montait à son cœur... »

 

Comme punition, Zeus « refuse (alors) de diriger sur les frênes l'élan du feu infatigable ». Pour ses frères les hommes privés du feu, Prométhée se fait voleur du feu divin. Ce qui fait bondir Zeus d'une colère encore plus grande, et en compagnie des colocataires de l'Olympe, il imagine le pire fléau dont il puisse affliger les mortels, « un être tout pareil à une chaste vierge », la femme !

Passons ...

Cette vierge aux yeux pers n'a pas encore de nom dans la Théogonie. Mais Hésiode, y revenant dans les Travaux, la baptise Pandore. Il enrichit et explique : « ...“ Pandore ” parce que ce sont tous (pantôn) les habitants de l'Olympe qui, avec ce " présent ” (dôron), font présent du malheur aux hommes qui mangent le pain (...) la race humaine vivait auparavant sur la terre à l'écart et à l'abri des peines de la rude fatigue, des maladies douloureuses qui apportent le trépas aux hommes. Mais la femme, enlevant de ses mains le large couvercle de la jarre, les dispersa par le monde et prépara aux hommes de tristes soucis. Seul l'Espoir restait là dans son infrangible prison... »

C'est bien depuis ce jour que « des tristesses errent innombrables au milieu des hommes : la terre est pleine de maux, la mer en est pleine ! Les maladies, les unes de jour, les autres de nuit, à leur guise visitent les hommes, apportant la souffrance aux mortels ... »

 

Tout ça pour un bœuf mal découpé, quand même !

Mais je me demande pourquoi je n'ai pas arrêté de penser à ça, ces temps-ci