extrait de L’Assommoir (Emile ZOLA)
« Personne n’osait se risquer dans la chambre, parce qu’on connaissait Bijard, une bête brute quand il était soûl. Il ne dessoulait jamais d’ailleurs. Les rares jours où il travaillait, il posait un litre d’eau-de-vie près son étau de serrurier, buvant au goulot toutes les demi-heures. Il ne se soutenait plus autrement, il aurait pris feu comme une torche, si l’on avait approché une allumette près de sa bouche.
​« Mais on ne peut pas la laisser massacrer ! » dit Gervaise toute tremblante. Et elle entra. La chambre, mansardée, très propre, était nue et froide, vidée par l’ivrognerie de l’homme qui enlevait les draps du lit pour les boire. Dans la lutte, la table avait roulé jusqu'à la fenêtre, les deux chaises culbutées était tombées, les pieds en l’air. Sur le carreau, au milieu, Mme Bijard, les jupes encore trempées par l’eau du lavoir et collées à ses cuisses, les cheveux arrachés, saignante, râlait d’un souffle fort, avec des oh ! Oh ! prolongés, à chaque coup de talons de Bijard. Il l’avait d’abord abattue avec ses deux poings ; maintenant il l’a piétinait.​« Ah !garce !...ah !garce…ah !garce !... » grognait-il d’une voix étouffée, accompagnant de ce mot chaque coup, s’affolant à le répéter, frappant plus fort à mesure qu’il s’étranglait d’avantage.Puis, la voix lui manqua, il continua de taper sourdement, follement, raidi dans sa cotte et son bourgeron déguenillé, la face bleuie sous sa barbe sale, avec son front chauve taché de grandes plaques rouges. Sur le carré, les voisins disaient qu’il la battait parce qu’elle lui avait refusé vingt sous, le matin. On entendit la voix de Boche, au bas de l’escalier. Il appelait Mme Boche, il lui criait : « Descends, laisse-les se tuer, ça fera de la canaille de moins ! »Cependant, le père Bru avait suivi Gervaise dans la chambre. A eux deux, ils tâchaient de raisonner le serrurier, de le pousser vers la porte. Mais il se retournait, muet, une écume aux lèvres ; et, dans ses yeux pâles, l’alcool flambait, allumait une flamme de meurtre. La blanchisseuse eut le poignet meurtri ; le vieil ouvrier alla tomber sur la table. Par terre, Mme Bijard soufflait plus fort, la bouche grande ouverte, les paupières closes. A
présent, Bijard la manquait ; il revenait, s’acharnait, frappait à côtés, enragé, aveuglé, s’attrapant lui-même avec les claques qu’il envoyait dans le vide. Et, pendant toute cette tuerie, Gervaise voyait, dans un coin de la chambre, la petite Lalie, alors âgée de quatre ans, qui
regardait son père assommer sa mère. L’enfant tenait entre ses bras, comme pour la protéger, sa petite sœur Henriette, sevrée de la veille. Elle était debout, la tête serrée dans une coiffe d’indienne, très pâle, l’air sérieux. Elle avait un large regard noir, d’une fixité pleine de pensées, sans une larme.
Quand Bijard eut rencontré une chaise et se fut étalé sur le carreau où on le laissa ronfler, le père Bru aide Gervaise à relever Mme Bijard. Maintenant, celle-ci pleurait à gros sanglots ; et Lalie, qui s’était approchée, la regardait pleurer, habituée à ce genre de choses, résignée déjà. La blanchisseuse, en redescendant, au milieu de la maison calmée, voyait toujours devant elle ce regard d’enfant de quatre ans, grave et courageux comme un regard de femme.« Mr Coupeau est sur le trottoir d’en face, lui cria Clémence, dès qu’elle l’aperçut. Il a l’air joliment poivre ! »Coupeau traversait justement la rue. Il faillit enfoncer un carreau d’un coup d’épaule, en manquant la porte. Il avait une ivresse blanche, les dents serrées, le nez pincé. Et Gervaise reconnut tout de suite le vitriol de l’Assommoir, dans le sang empoisonné qui lui blêmissait la peau. Elle voulut rire, le coucher comme elle faisait les jours où il avait le vin bon enfant. Mais il la bouscula, sans desserrer les lèvres, et, en passant, en gagnant lui-même son lit, il leva le poing sur elle. Il ressemblait à l’autre, au soûlard qui ronflait là-haut, las d’avoir tapé. Alors elle resta toute froide ; elle pensait aux hommes, à son mari, à Goujet, à Lantier, le cœur coupé, désespérant d’être jamais heureuse. »
1-Relevez les effets de l’alcool sur BIJARD et sur COUPEAU. 2-Comment l’alcool agit-il dans l’organisme ? Proposez un mode d’action.

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Réponses

2014-05-21T18:23:52+02:00
1-Relevez les effets de l’alcool sur BIJARD et sur COUPEAU.   
L'alcool a sur ces deux hommes un effet de violence. En effet, il les rend nerveux, méchant, violents, agressifs, incapables de se raisonner et de s'arrêter. Ces hommes, et en particulier Monsieur Bijard, frappe son épouse devant ses propres enfants sans aucun répit ni scrupule jusqu'à s'effondrer. S'il avait pu l'achever il l'aurait fait.

 2-Comment l’alcool agit-il dans l’organisme ?

L'alcool est absorbé directement au niveau de l'intestin grêle et passe dans le sang. Il se propage ensuite dans l'organisme entier et en particulier au cerveau. 95 % de l'alcool est éliminé par le foie, le reste par les reins dans les urines, la transpiration et la salive.

Proposez un mode d’action
Une fois que l'alcool a atteint le cerveau, il en modifie les perceptions et la conscience. Le comportement et les ressentis de la personne alcoolisée changent. A petite dose, elle apaise, à forte dose, elle a des effets considérables et peut aller jusqu'à entraîner un coma éthylique. Les mouvements ne se coordonnent plus, la parole est troublée, les réflexes sont diminués.