La narratrice revient à Pékin,
dans le quartier où habitait son ami Tûmchouq.



Je décidai d'aller à pied jusque chez la mère de Tûmchouq,
mais j'aurais dû me douter qu'une telle décision ne me mènerait qu'à la
déception, sinon au cauchemar. Plus je marchais, plus j'étais frappée par
l'absence de petits vendeurs ambulants qui, jadis, se succédaient du matin au
soir, sur des bicyclettes chargées de lourds sacs de victuailles, qui
dépassaient de chaque côté de leur porte-bagages. Tûmchouq savait imiter à
merveille les cris des vendeurs de patates douces, grillées, à la chair jaune,
tirant sur le rouge, bien meilleures que les marrons, ou ce des vendeurs
d'abricots aigres et sucrés, qui faisaient saliver en été, ou ceux de galettes
frites dans l'huile, chaudes et craquantes, de crabes salés et épicés, de
carottes séchées, couvertes de piments, de brioches à la vapeur, de fromage de
soja puant, ou encore ceux des vendeurs de plantes aphrodisiaques. Je
n'entendais rien d'autre que le bruit des bulldozers résonnant comme le
tonnerre dans l'air étouffant de la nuit, et des coups de klaxons, longs,
nerveux, agressifs. Cinquante mètres plus loin, je restai un moment sous un
lampadaire flambant neuf, dont la haute lampe éclairait la plaque métallique
sur laquelle était marqué le nom de la rue, mais là où je m'attendais à lire
rue de la Porte de l'Est se trouvait un autre nom, inconnu, celui d'un imposteur
fantomatique qui se faisait appeler rue de la Joie de l'Est. Contrariée par ce
changement, que j'imputai d'abord à un trouble de ma mémoire, je demandai à un
passant s'il connaissait la rue de la Porte de l'Est, mais il me regarda comme
si j'étais folle, et s'éloigna sans répondre. J'entrai malgré tout dans la rue,
mais les petits restaurants où je déjeunais jadis d'un bol de lait de soja
chaud et d'une brioche à la vapeur avaient disparu comme les hutong, sans
laisser de trace. La rue était devenue lisse, impersonnelle, large, bordée
d'immeubles en béton de dix ou vingt étages, dont certains étaient encore en
construction. Puis venaient un no man's land de magasins de luxe, Gucci, Dior,
Chanel, Lacoste, L'Oréal, avec des drapeaux à l'entrée, des vitrines illuminées
où s'exhibaient des mannequins de type occidental, des femmes blondes aux yeux
verts ou bleus, de beaux athlètes noirs et musclés, des photos miroitantes,
grandeur nature, de Zidane, Beckham, Ronaldo … Et soudain, je compris.

Adieux, hélas ! Monde du vieux plan de la
lithographie, adieu, hélas !



Dai Siiie, Par une nuit où
la lune ne s'est pas levée, 2007


: Pensez-vous, comme la narratrice, que la vie moderne abime
le paysage avec la prolifération des boutiques, enseignes, publicités,
etc ?

Votre réponse sera construite et argumentée?
URGENT SVP :/

1

Réponses

Meilleure réponse !
2014-03-21T22:58:28+01:00

Pensez-vous, comme la narratrice, que la vie moderne abime  le paysage avec la prolifération des boutiques, enseignes, publicités,  etc ?

La narratrice revient à Pekin où elle revisite un quartier qu'elle a bien connu. Malheureusement, dans ce genre de ville tentaculaire, les chantiers démarrent un jour et font disparaître brutalement ce qui les occupait jusque-là. C'est un effet d'urbanisation outrancière qui donne cette impression à la narratrice que le quartier de son souvenir a disparu, mais le même sentiment pourrait être ressenti ailleurs en Asie, en Europe, aux Etats-Unis ou en Océanie. Seuls les rythmes avec lesquels l'hyper capitalisme occupe le territoire de la ville sont différents. Il est clair que les zones définies à potentiel économique intéressant seront investies tôt ou tard par les grandes marques qui y installeront leur vitrine, au détriment d'une vie de quartier colorée comme la décrit la narratrice du texte sur Pekin. Où sont donc passés tous ces petits commerces? Où sont donc allées toutes les familles qui les animaient? Ce sont des questions universelles posées par la mondialisation .