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2014-02-27T20:08:03+01:00
Rattrapé par la milice des Caspistes (Chacun A Sa Place), Lucen est condamné à des travaux forcés au fond d'une forêt pourrissante, tandis que sa compagne Firmie, enceinte, se cache et l'attend désespérément. Gerges, ancien ami de Lucen et désormais aux côtés de son père parmi les miliciens, ne lèvera pas le doigt pour aider celui qu'il tient pour responsable de l'assassinat de sa mère. Au-dessus de la Nox, Ludmilla, la jeune fille que Lucen avait aidée à rechercher son ancienne nourrice, se lie avec des Coivistes (Chacun Où Il Veut) mais est repérée par son père, homme puissant aux activités mystérieuses. Tous ces jeunes gens parviendront-ils à trouver leur place respective dans un univers injustement coupé en deux ?Deux tomes seulement : le format étonne, ravit. Une fin sombre qui ne résout que des destinées personnelles sans remettre en cause l'affreux brouillard : Yves Grevet perturbe les repères, dérange le pacte de lecture. Parmi ses héros, seule Ludmilla, parce qu'elle éduquée et en sécurité, se préoccupe de politique et peut développer une vision large, révolutionnaire de cette société de la Nox. Lucen serait bien de cette trempe, mais les circonstances le contraignent à la simple survie : à moins de vingt ans, il se retrouve sans ressources, chargé d'une famille, et doit abandonner tout projet de progression sociale même au sein du monde de la Nox.Complètement subjectivement, et avec une certaine admiration pour l'auteur qui ose casser les codes, j'ai détesté Firmie, courageuse mais incapable de penser plus loin que ses « deux hommes « (Lucen et son fils) et ne tentant presque jamais de réflexions au-delà d'un cadre intime. Son personnage est tout à fait crédible dans le contexte d'une dureté mortelle – l'espérance de vie des bébés d'en bas est très faible... - mais la jeune femme m'a bien agacée, habituée que j'étais aux héroïnes qui renversent les gouvernements et libèrent les populations. Quant à Gerges, il ferait finalement un peu pitié, semblable aux jeunes Français enrôlés dans les milices de la Seconde Guerre Mondiale et qui découvraient trop tard le régime nazi.De fait, Nox occupe une place vraiment à part dans le style si prisé de la dystopie : la série se veut de type réaliste, collant à des héros qui font ce qu'ils peuvent et surtout pas ce qu'ils veulent. Nous les suivons les uns après les autres en petites étapes, sans vraiment avoir le temps d'en préférer un. Les événements se chevauchent parfois et se recomposent sous les yeux du lecteur qui en sait donc toujours plus (mais jamais tout) que ces personnages ballottés par des forces qui les dépassent. Et on reste ébahis devant un superbe univers glaçant, aux inventions plus cruelles les unes que les autres, aux mystères encore largement impénétrables une fois la dernière page tournée... Tout comme Meto, Nox fera date.